Tencent lance un outil de reconnaissance faciale pour “lutter” contre la dépendance aux jeux vidéos

Il y a quelque temps, NVIDIA et Sony proposaient leurs dernières nouveautés brevetées dans le monde du jeu vidéo. C’est désormais au tour de Tencent qui annonce le lancement d’un programme de reconnaissance faciale de sa propre conception pour “lutter” contre la dépendance aux jeux chez les joueurs adolescents, principalement, et s’adapter au cadre législatif chinois. L’outil intitulé “Midnight Patrol” permettra de suivre le temps d’écran et de jeu des jeunes joueurs, notamment pendant la nuit. 

Une intelligence artificielle pour faire appliquer une loi chinoise luttant contre la dépendance aux jeux vidéo

En 2019, la Chine a adopté une loi qui vise à “empêcher” les mineurs de se livrer à des jeux en ligne et donc, d’en devenir dépendants. Ainsi, les jeunes Chinois ont pour interdiction de jouer à jeux vidéos entre 22 heures et 8 heures du matin, tandis que leur durée de jeu maximale est portée à 90 minutes. D’autres limitations existent : la loi leur interdit de dépenser plus de 57 dollars par mois en microtransactions (souvent utilisées pour payer des jeux en ligne ou des bonus au sein même du jeu).

À la même époque, l’Administration nationale de la presse et de la publication et le ministère de la Sécurité publique du pays avaient déclaré qu’ils collaboraient pour la mise en place d’un “système d’identification unifié” pour les jeux. Tencent est un des géants technologiques avec lesquels ces deux instances travaillent pour faire en sorte d’appliquer ces lois.

Après plusieurs mois de travail, la firme chinoise propose son nouveau système Midnight Patrol, un programme de reconnaissance faciale qui suivra le temps de jeu des enfants et des adolescents dans la nuit. Le système sera implanté dans une soixantaine de jeux lancés par l’entreprise dont PlayerUnknown’s Battlegrounds (PUBG) version mobile, un des jeux de type “battle royale” les plus joués en Chine.

Comment fonctionne l’outil ?

La marque précise le fonctionnement de son outil auprès des utilisateurs :

“Nous effectuerons un contrôle du visage pour les comptes enregistrés avec de vrais noms et qui ont joué pendant une certaine période de temps durant la nuit. Toute personne qui refuse ou fait échouer la vérification du visage sera traitée comme un mineur, et comme indiquée dans la supervision anti-addiction du système de santé des jeux de Tencent, est mise hors ligne.”

Les utilisateurs considérés comme mineur par l’IA seront ensuite bloqués de la gamme de jeux pour laquelle Midnight Patrol est exploitée s’ils dépassent la durée maximale de jeu ou qu’ils jouent durant la nuit. Si le système bloque un adulte par erreur, il sera tout à fait possible pour ce dernier de soumettre un autre scan de son visage.

Protection des données inexistante et tentatives de justification

Même si cela reste des suppositions, il est tout à fait envisageable que les autorités chinoises puissent choisir de récupérer toutes les données de reconnaissance faciale de Tencent pour le système de crédit social émergeant dans le pays : un système de notation sociale qui empêche par exemple des millions de personnes de réserver des vols ou des trains depuis sa mise en place. Une pratique complètement inimaginable en France ou plus largement en Europe. Les données permettront à Tencent d’en savoir plus sur les habitudes des joueurs (durée de jeu, fréquence de jeu, etc.).

Bien entendu, un média d’état chinois destiné aux Occidentaux, Sixth Tone, a essayé de justifier l’utilisation de ce système par des contextes de vols présumés réalisés par des adolescents à la recherche d’argent pour réaliser des microtransactions ou par des rapports indiquant que les jeunes Chinois passaient beaucoup de temps dans les cybercafés, alors qu’il est à noter que ces lieux sont souvent les seuls où les Chinois peuvent jouer tant le matériel informatique est couteux dans le pays.

Ce qui est sur, c’est que depuis le 6 juillet 2021, le système de vérification faciale de la plateforme de jeux de Tencent a été mis en place mardi et qu’elle est associée aux données du système central de sécurité publique du pays.

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Author: Zacharie Tazrout