Comment EDF teste la fiabilité de l’IoT satellitaire

C’est une couverture réseau global que promet l’IoT satellitaire, en particulier dans les zones isolées. Pour en vérifier la fiabilité des données, EDF a mené un premier POC en R&D en montagne, présenté lors du salon IoT World début octobre. A la genèse du projet, la volonté d’aider les équipes opérationnelles hydrauliques d’EDF. Ces dernières doivent vérifier les données des prises d’eau en aveugle (PEA) en montagne, où l’eau est captée afin d’être envoyée vers des barrages en vallée. Mais en hiver, les conditions d’accès sont extrêmes. Jusqu’à présent, ces territoires isolés ne bénéficiaient d’aucune couverture terrestre et la connectivité spatiale (haut débit, type TV) était trop onéreuse et complexe à implémenter pour ce besoin, les équipes devaient donc se rendre sur place. Josselin Martinez, ingénieur au sein de la R&D du groupe, a donc songé à l’IoT satellitaire (bas débit) pour relever ces données sans que les équipes n’interviennent. Son choix s’est porté sur la solution de l’opérateur français de connectivité IoT satellitaire Kinéis.

Pour mener cette expérimentation, EDF cherchait un capteur prêt à l’emploi, simple à déployer. Kinéis a proposé celui conçu en partenariat avec le fabricant français Altyor. “Il nous fallait un boîtier pour rendre visible la technologie”, concède Alexandre Tisserant, le président de Kinéis. Il a fallu six mois aux deux partenaires pour mettre au point un boîtier générique destiné aux besoins des clients, comprenant une demi-douzaine de capteurs. Pour EDF, seules trois fonctions sont utilisées : la mesure de la pression des prises d’eau en aveugle, de leur taux d’humidité et leur température. “La conception a été pensée pour assurer une robustesse et une étanchéité à des températures de -30°C”, souligne Guillaume Triguet, ingénieur d’affaires chez Kinéis.

Une soixantaine de POC

Josselin Martinez a commencé cet été par tester deux capteurs en laboratoire pour étudier leur comportement. “Les résultats obtenus étaient conformes aux prévisions”, indique l’ingénieur pendant son intervention au salon. Trois capteurs sur batterie ont ensuite été installés en montagne pendant deux semaines sur des PEA pour évaluer leurs performances en conditions réelles. Le doute d’EDF concernait la bonne réception des données. “Il y a des masques de terrain, c’est-à-dire que des zones sont cachées des satellites par des montagnes environnantes. Pour y faire face, les capteurs ont été programmés pour envoyer leurs données au moment opportun lors du passage des satellites. Nous avons bien pu réceptionner plusieurs dizaines de messages de 30 octets par jour”, raconte Josselin Martinez, rassuré quant à la fréquence des relevés. Les données sont en cours d’analyse, pour dresser un bilan des KPI de cette connectivité. Cet hiver, plusieurs objets connectés seront testés pendant trois mois pour estimer leurs capacités face à la rudesse du climat.

Pour Kinéis, qui a déjà réalisé des déploiements en Australie pour du suivi de bisons, le marché de l’IoT satellitaire commence à émerger. “Nous menons plus d’une soixantaine de POC, une dizaine d’entre eux se concrétisent”, se réjouit Alexandre Tisserant. L’essor de la connectivité satellitaire broadcast, notamment avec Starlink, contribue aussi à la démocratisation de la technologie. Dans 18 mois, la constellation de Kinéis, aujourd’hui composée de huit satellites actifs en orbite basse (à 650 km d’altitude) sur la bande de fréquence UHF à 400 MHz, comptera 25 appareils supplémentaires, le temps de passage entre deux satellites sera alors inférieur à 15 minutes. Ses concurrents Hiber et Myriota ont quant à eux annoncé dans le mois leur alliance avec des opérateurs satellites, Inmarsat pour l’une et Spire pour l’autre. L’objectif de ces alliances est de ne pas avoir à lancer leur constellation, éviter une perte de rentabilité et être prêts à se positionner au plus tôt sur le marché. Selon le cabinet d’études Berg Insight, le nombre d’abonnements à l’IoT par satellite a dépassé les 3,4 millions en 2020 et le nombre de connexions à l’IoT par satellite devrait augmenter en moyenne de 35,8% par an pour atteindre 15,7 millions d’unités en 2025.

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